Petite Histoire de l’Eglise et de la Place jean Grandel

Courte histoire de l’église et la Place Jean Grandel

Par tradition notre famille est chrétienne comme la plupart des paysans de France. Tradition ne veut pas toujours dire pratiquant car bien peu de mes aïeux vont à la messe, surtout les hommes qui sont, suivant l’imagerie populaire, plus souvent aux bistros qu’à confesse. Mais la tradition c’est la tradition. Devenue rapidement l’occasion d’une fête familiale profane importante (repas, cadeaux), la communion marquait le passage de l’enfance à l’adolescence. Au cours des processions dans les rues des villes et des villages, comme dans l’église, garçons et filles étaient séparés.
Aujourd’hui donc c’est la fête, après 3 ans de catéchisme je fais ma communion solennelle. A 12 ans en ce mois de mai 1940, que l’histoire retiendra mais pour d’autres raisons, ma mère m’a habillé avec un costume tout neuf et glissé à mon bras gauche un brassard de satin blanc brodé. Après la procession dans la rue du même nom, nous voici en rangs, filles d’un côté, garçons de l’autre, entrant dans l’allée centrale de l’église Sainte Marie-Madeleine pour une fois bondée de paroissiens et d’invités. Dans l’instant présent personne aux bistros, tout le monde est assis et nous attendons le curé qui sera en grande tenue sacerdotale sur sa soutane du dimanche.

Bien vite mes yeux se hissent vers les ogives de pierre du plafond de ce beau bâtiment d’architecture gothique et j’essaye de me rappeler ce que disait, quelques heures plus tôt, ma tante que nous surnommions « l’érudite » vieille gennevilloise qui officiait comme secrétaire de mairie. Elle me racontait de sa douce voix l’histoire de ce qu’elle considérait comme son « village »…

…En 1302, la paroisse de Gennevilliers, qui dépend de l’abbaye de Saint Denis, s’émancipe de la paroisse d’Asnières à laquelle elle était liée. La petite chapelle du XIIe siècle existante en partie détruite par les infiltrations d’eau et le terrain meuble, en majorité du sable et des limons de la Seine toute proche, est remplacée par la construction de l’église actuelle qui commencera le 11 juin 1650. Une ancienne « pièce de terre » donnée au clergé devient la place de l’église et est utilisée comme cimetière communal pendant près de deux siècles. Mal assuré sur ses fondations, l’édifice connaîtra de nombreuses restaurations jusqu’en 1830. Jusqu’à la bénédiction du nouveau cimetière le 12 mai 1816 les Gennevillois se faisaient enterrer sous la protection de leur église à l’emplacement de ce qui est aujourd’hui l’ancienne place de la Mairie. L’église abrite pourtant en son sein plusieurs œuvres qui méritent une visite plus fouillée. Derrière l’autel un tableau dû au pinceau de Pierre Mignard, surnommé « Le romain » (1612-1695) représente une descente de croix. Cette œuvre n’était pas destinée au lieu de culte gennevillois mais, exécutée en 1682, pour la chapelle du château de Saint Cloud. En 1792 le musée de Versailles intègre ce tableau dans ses collections.

L’abbé Chapillon, curé de la paroisse de Gennevilliers, souhaitait redécorer son église dépouillée par la révolution. Il porte alors une requête auprès de Jean-Baptiste Portalis ministre des cultes et propriétaire d’une maison à Gennevilliers qui fait installer le tableau à son emplacement définitif en 1806 dans le chœur de l’église. Cette descente de croix vient s’ajouter à une très belle statue de la Vierge en bois doré du XVIIIe siècle éclairée par les lumières d’un vitrail du XVIe siècle dédiée à Sainte Marie-Madeleine, patronne de l’église, représentée en compagnie de Saint Nicolas…

Bien vite mon esprit revient à la cérémonie qui se déroule comme prévue lors des répétitions, comme une pièce de théâtre bien huilée, ponctuée de prières, de chants liturgiques, de tintements de clochettes et de bourdonnements de cloches. Après la quête, pour les bonnes œuvres  du curé, nous voici sortant en chantant, le cierge à la main, nous dirigeant vers cette place que je connais trop bien pour y sévir après la classe avec mes copains de jeux.

Recentrant de multiples commerces et boutiques au début du XX° siècle elle est encore le centre vital de la ville, elle a accueilli pendant quelques décennies des fêtes, des manifestations, des cirques entre l’église et la mairie, avec, au milieu, une jolie fontaine de fonte, surmontée d’un bec de gaz, offerte à la fin du XIX° siècle par la ville de Paris Combien de fois avons-nous trempé nos pieds et parfois plus dans cette belle fontaine de bronze sise au beau milieu de la place de l’église encore appelée ainsi et que nous connaissons mieux sous le vocable de Jean Grandel.. Elle sera déplacée au tout début de la deuxième guerre mondiale lors de la destruction du bassin afin de creuser des abris antiaériens qui protégeront les gennevillois des affres de la guerre.

Le 14 juillet 1944, en mémoire à Jean GRANDEL, maire de Gennevilliers, fusillé par les Allemands à Châteaubriant (44) le 22 octobre 1941, avec 26 internés, un résistant gennevillois cloue sur un arbre environnant une pancarte sur laquelle il avait inscrit « Place Jean GRANDEL ». Après la libération de la ville, le 22 octobre 1944, cette initiative est concrétisée au cours d’une émouvante inauguration organisée par la nouvelle municipalité.

La fontaine en fonte déplacée dans le square rue de la Paix (rue Dubost), sans doute volée, n’a jamais été retrouvée. En cette année 2012 la Place Jean Grandel devient un lieu de promenade en perdant son caractère de parking, la fontaine est remplacée par une « Fontaine sèche ». Quant aux abris aériens ils viennent d’être définitivement bouchés avec la réfection de la place pour le passage du tramway. La place est devenue ce qu’elle était au siècle dernier, un lieu de rencontres et de convivialité, un espace d’expositions culturelles et festives, des marchés de printemps et de Noël, une brocante…

 

Danny GEOFFROY

Société d’Histoire de Gennevilliers.

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